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Aujourd’hui, c’est 24 heures sans nous

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En ces temps de « débat » sur l’immigration et l’identité nationale et de blessures médiatiques, ces « 24 heures sans nous », auxquelles je participe, sont louables.

Le sens populaire de ce côté-ci de la rive voudrait qu’un immigré se doit de ne jamais oublier qu’il est immigré, de s’incliner devant ceux qui lui ont accordé la grâce de vivre sur « leur terre ». Il voudrait que « ceux qui arrivent » baissent la tête et l’allure devant « ceux qui accueillent ». Paradoxalement, le sens populaire de l’autre côté de la rive ne dit pas mieux, il voudrait aussi que « ses » immigrés se comportent en étrangers reconnaissant et remerciant chaque jour le pays d’accueil et en « ambassadeurs » irréprochables.

Ce sens populaire, poussé à son paroxysme, voudrait étendre ces exigences héritées d’un autre temps, à ceux qui sont nés ici de parents étrangers, censés faire aussi partie du camp de « ceux qui arrivent»; étrange expression dite par un président de la république.

Ici faisons gagner en temps, ce qu’on perdra en malentendus. Ceux qui se trompent d’époque et confondent la réalité des sociétés contemporaines avec celles des années 60 et son lot d’immigrés trimant dans les usines et sur les autoroutes le jour et rentrant aux foyers le soir en rasant les murs, ceux qui se trompent d’époque et de contexte, risquent de ne pas comprendre grand chose en cette journée, si ce n’est d’être engoncés encore plus dans leurs certitudes.

Ici faisons gagner en temps, ce qu’on perdra en non-dits. La métamorphose des hommes et des sociétés bouscule les esprits chagrins du « bel » ordonnancement des choses. Ils sont passés à côté de cette réalité toute simple : Etre immigré ou enfant d’immigré ne donne pas plus de droits qu’aux autres (on l’aura compris, à force de répéter ce discours à satiété) mais il ne fait pas d’eux des sous-hommes, moins que d’autres, condamnés à s’excuser d’être-là, à s’excuser de naître là, à constamment se justifier et être sur la défensive. Ce qui a été possible dans la France et l’Europe des décennies précédentes, ne l’est plus heureusement aujourd’hui et ne le doit plus l’être à jamais. En tout cas, pas en ces temps d’universalisme et du métissage qui, pour les nations les plus avisées, constituent un moteur économique et une richesse nationale et pour d’autres un moment de nostalgie passéiste et de défoulement médiatique face aux « ennemis de l’intérieur ».

Ici faisons gagner en franchise, ce qu’on perdra en la pudeur des mots. Parmi ceux qui sont concernés par cette journée, beaucoup d’enfants d’immigrés n’y participeront pas , parce qu’ils sont cantonnées dans des ghettos urbains et de précarité sociale, et probablement ne sauront même pas que cette journée ait jamais existée ou, au mieux, ne pourront pas se permettre le luxe d’y participer. Ces jeunes dont on n’entend parler que quand certains d’eux se manifestent par des actes de violences urbaines faisant écho à la violence, jamais dite et jamais dénoncée, de la société à leur égard. Ces jeunes qui n’ont pas choisi d’être nés ici et qui ne pourront pas saisir cette occasion pour dire leur mal-être né de la précarité sociale, des brutalités policières, de la pauvreté, du racisme, des délits de faciès et de l’exclusion sociale. Ces enfants d’ici, qui se sont résignés depuis longtemps à aspirer à des emplois plus valorisants et à réclamer une citoyenneté complète et égalitaire avec les autres Français et qui en ont assez des discours jamais suivis d’actes sur l’égalité des chances. Ces gamins qui à cause de la couleur de leur peau ou leur prénom, n’ont pas la moindre chance, ou si peu, de trouver un emploi, un logement ou même de franchir la porte d’un lieu de loisir. Ils seront les grands absents de cette journée. Et y’a-t-il plus formidable constat d’échec et plaidoyer à charge contre la société qui les a vus naître et les a laissés grandir piégés dans des ghettos urbains et d’exclusion que cette absence ?

L’Europe, et la France en particulier, ont choisi le durcissement des politiques migratoires et n’en finissent plus de voter des lois encore plus liberticides violant souvent les droits humains, en particulier le droit d’asile, et multipliant les expulsions dans des conditions humiliantes par ailleurs souvent condamnées par la Cour européenne des droits de l’Homme. Des milliers de sans-papiers vivent un drame quotidien humainement inacceptable, chassés par les forces de l’ordre et parfois même honteusement raflés aux portes des écoles. Michel Rocard a dit un jour « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part » . Force est de constater que le pouvoir actuel, dans ses délires droitiers, s’est contenté de la première partie de la phrase. 

A Paris , dans le douzième arrondissement , il existe une Cité nationale de l’histoire de l’immigration exposant 200 ans d’histoire de l’immigration en France. Elle a ouvert ses portes en 2007 sans que ni le chef de l’Etat ni aucun ministre et aucun officiel ne daigne se déplacer. Elle a été ouverte sans inauguration officielle presque en mode clandestin. Et cette anecdote, mieux que tout, dit en quel enfermement et dans quelle ingratitude sont tenus les esprits. 

01 mars 2010 à 06:58:43 0 Commentaire(s) Proposé par : eucalyptus

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