Attention au mirage mexicain !
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« Le Maroc peut devenir pour l’Europe ce que le Mexique est pour les USA, … » En fait si M. Chami se réfère au Mexique spécifiquement c’est parce que ce pays a signé avec les USA et le Canada le North America Free Trade Agreement (NAFTA) en 1993, entré en vigueur le 1er janvier 1994. Le NAFTA est un traité créant une zone de libre-échange dans le but de favoriser les échanges commerciaux entre les trois pays d’Amérique du Nord. Cet accord a été inspiré par la théorie libérale partisane du libre échange entre les pays selon laquelle les marchés peuvent fonctionner en toute liberté et garantir ainsi l’équilibre économique. Seize ans plus tard, la controverse concernant l’impact de l’accord sur le bien-être des populations persiste. Au Canada et aux États-Unis, le NAFTA semble avoir produit des résultats plutôt positifs, quoique loin des prédictions les plus optimistes véhiculées par les promoteurs de l’accord. Il en va tout autremenet pour le Mexique où les résultats sont plutôt mitigés. Les indicateurs économiques et sociaux observés démontrent que l’impact de l’accord sur la croissance économique, la réduction des écarts salariaux et la création d’emploi est loin d’être satisfaisant, malgré les gains obtenus au niveau des exportations, de la productivité et de la transparence dans la gestion des affaires. « … l’industrie marocaine avec sa base de coût raisonnable est une solution pour mieux affronter l’Asie » Là à première lecture, le ministre semble dire à tue-tête: Le travail coûte cher chez vous avec tous vos acquis sociaux et vous n’êtes plus compétitifs face aux pays émergents comme la Chine ou l’Inde. Au Maroc, le travail coûte moins cher. D’un côté, vous devenez plus compétitifs et de l’autre, les marocains ont du boulot. A première lecture toujours, on pourrait dire: Fair enough, c’est une relation gagnant-gagnant, bravo M. le ministre. N’allons pas si vite en besogne !
Le problème des emplois créés est qu’ils sont facilement relocalisables vers d’autres pays à bas coûts. Cependant, comme le note Joseph Stiglitz, « Nafta enhanced Mexico’s ability to supply American manufacturing firms with low-cost parts, but it did not make Mexico into an independently productive economy ». Cette spécificité de la « nouvelle » industrie mexicaine (maquiladoras), combinée aux maigres résultats en matière d’éducation et de réduction des inégalités, fait en sorte que l’économie mexicaine soit très vulnérable à la concurrence des puissances émergentes comme la Chine ou l’Inde, ce qui empêche la création d’emplois durables et à forte valeur ajoutée. Au niveau des salaires, la convergence salariale annoncée par les promoteurs de l’accord ne semble pas avoir eu lieu à la suite de la signature du NAFTA. Selon Stiglitz, le salaire moyen des Mexicains non seulement n’a pas augmenté au cours de la dernière décennie, mais a diminué à un taux de 0,2 % par année. Bien que le NAFTA ne soit pas à l’origine de ce recul (il est plutôt l’une des conséquences de la crise financière de 1994-1995), les gains au plan de la productivité des travailleurs du secteur manufacturier et des services amenés par l’accord n’ont pas été suivis par des gains au plan du revenu. Il n’est donc pas surprenant que les progrès du Mexique dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté soient en deçà de ceux observés dans d’autres pays en développement.
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03 avril 2011 à 04:34:00
Blog : Blog d'Anas Alaoui



