Est-ce un vraiment un printemps arabe ?
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Quand la révolution égyptienne battait son plein et que les cairotes occupaient la, désormais célèbre, Place Tahrir, un invité sur Al-Jazeera avait eu une expression que j’ai trouvée savoureuse. Cet invité est Azmi Bishara. Il avait dit: « Le printemps est arrivé plus tôt cette année chez les arabes ». A première écoute, cela paraissait le cas. Les tunisiens s’étaient débarrassés de leur dictateur et de son gang de rapaces. Les égyptiens reprenaient du poile de la bête après le second speech de Moubarak. Les yéménites demandaient le départ de leur président (21 ans président du Yémen, 33 si l’on compte sa présidence du Yémen du Nord). Les jordaniens manifestaient dans les rues d’Amman contre la hausse des matières de première nécessité. Les algériens continuaient leur manifestations sporadiques et localisées. Bref, on aurait dit que les arabes avaient mangé du lion au réveillon de 2011 et qu’un vent de liberté soufflait sur la région MENA. Mais aussi contagieux qu’il soit, on se tromperait si l’on pensait que ce vent se propagerait de manière mécanique et emporterait sur son passage les régimes en place dans ces pays. Les pays arabes sont différents les uns des autres tant sur le plan politique qu’économique et social. Il y a là des monarchies, des républiques (parfois héréditaires) mais tous ont en commun un autoritarisme plus ou moins avoué. Des économies libéralisées et d’autres dirigistes ou semi-dirigistes. Des degrés divers d’alphabétisation et d’inclusion sociale. Mais les pays arabes se rejoignent sur deux choses: leur démographie et plus particulièrement leur jeunesse. D’une part on assiste à une baisse du taux de fécondité avec une hausse -même relative dans certains pays- du taux d’alphabétisation. Deux faits qui ont toujours été annonciateurs de changements politiques majeurs. La population arabe est passée de 172 millions en 1980 à 330 millions en 2007 et est estimée à 385 millions en … 2015. (2) D’autre part, on assiste à une émergence de la jeunesse dans les pays arabes. Les moins de 25 ans représentent 60% de la population dans ces pays. L’âge moyen y est de 22 ans contre 28 ans dans le reste du monde. A ces jeunes de plus en plus interconnectés et ouverts sur le monde, il faudra trouver du travail, assurer une vie décente et surtout digne. Et ce ne sont pas là des slogans creux. En chiffre cela représente 100 millions d’emplois à créer dans le monde arabe d’ici 2020. Des emplois qu’il faudra aller chercher dans de nouveaux secteurs comme les nouvelles technologies (green tech, nanotech, biotech … etc). Je vous laisse imaginer l’investissement massif qu’il faudra faire dans des secteurs comme l’éducation ou le développement humain étant donné le retard des pays arabes. On ne va pas assister à un remake de la chute du mûr. Chaque pays recevra l’onde de choc à sa manière. Y en a qui composeront et lâcheront du lest. Y en a qui feront sortir le chéquier pour se payer une paix sociale et malheureusement y en a qui fonceront dans le tas ! Dans tous les cas de figures, cela ne permettra pas de résoudre les problèmes de fond. Il ne fera qu’acheter du temps. Juste un peu de temps. (1): C’est une photo que j’ai trouvée en ligne mais dont je ne me rappelle plus la source. Si cette photo ne respecte pas les droits d’auteur, prière de me prévenir via le formulaire de contact du blog. |
18 février 2011 à 05:42:00
Blog : Blog d'Anas Alaoui


