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Inside Job: Le film de la crise

http://www.anasalaoui.com/inside-job-le-film-de-la-crise/

Il fallait bien en passer par là. Une crise comme celle qu’a connue le monde en 2008 ne pouvait rester sans son film. Oh, ce n’est pas un film du type Les raisins de la colère qui se passe dans un pays en pleine retombées de la crise de 1929 mais plutôt un docu-film engagé avec des interviews des personnes directement liées à la crise. Tout le monde y passe: économistes, banquiers, traders, régulateurs, politiques … etc. Il y a même quelques « repentis » dans le lot.

Inside Job est un peu un film catastrophe. D’habitude dans ce genre de films, on connait plus ou moins le fin mot de l’histoire, le héros sauve sa belle et le monde avec. Dans Inside Job, ce n’est pas le cas. Le héros, ou plutôt les héros, ne s’en sortent pas. Ils finissent défaits par les fores du mal. Alors on tremble et on s’indigne tout au long du film et celui-ci donne largement la parole à ces héros sans lauriers: les ouvriers, les chômeurs et les laissés pour compte.

Les séquences du film sont courtes, entrecoupées de quelques explications sur les outils financiers à l’origine de la crise. Les interlocuteurs sont interviewés voire interrogés en plan serré. Par moment, cela fait un peu interrogatoire de police. Il va de soit que l’on entend souvent les expressions « Sans commentaires » ou bien « Cette interview est à présent terminée », chose qui ne fait qu’accentuer le sentiment d’indignation.

Ce qui differencie Inside Job d’un autre docu-film comme Capitalism: A Love Story de Michael Moore est qu’Inside Job donne la part belle à une analyse fournie des mécanismes qui ont mené à la crise financière de 2008. Des économistes de renom et de tout bord sont interviewées tel que Nouriel Roubini, l’un des rares économistes à avoir tirer la sonnette d’alarme des mois plus tôt ou encore l’analyse d’un document émis en 2004 par le FBI sur le risque d’un effondrement systémique. Des pistes de réflexion sont également évoquées ici ou là.

Une joie est apportée dans ce film quand des membres imminents du cercle financier qui a conçu et joué avec les produits financiers à l’origine de la crise (comme les CDS) sont tournés en ridicule. Et là c’est la personne même de Charles Ferguson qui les confond car celui-ci vient un peu de leur monde. C’est qu’avant de devenir cinéaste, celui-ci avait fait fortune grâce à la bulle internet avant de retrouver les bancs de k’université pour un PhD en sciences politiques. Il leur parle d’égal à égal à tel point que Glenn Hubbard finit par s’exaspérer lorsqu’il se rend compte que son interlocuteur ne peut être confondu par des explications alambiquées ou des termes savants. Parfois, on ressent même de la pitié pour certains personnages et l’on est presque tenté par dire: Faites leur grâce !

Les méchants finissent donc par s’en sortir au prix d’à peine deux heures  passés sur le grill. Le temps de projection du film. Maigre lot de consolation.

29 décembre 2010 à 21:11:00 Blog : Blog d'Anas Alaoui