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Victoire du PJD : les explications lucides de Tahar Ben Jelloun

http://takhouar.wordpress.com/2011/12/06/victoire-du-pjd-les-explications-lucides-de-tahar-ben-jelloun/

Lorsque Tahar Ben Jelloun quitte les bas-fonds de la littérature le temps de sombrer dans l’analyse politique, la pertinence et la justesse de ses propos sanglants font frémir toute l’intelligentsia bienpensante glutineuse et aveuglée par le résultat d’un scrutin auquel n’importe qui était invité : analphabètes, Moncef Belkhayat, ouvrières des usines de textiles, habitants des bidonvilles porteurs de maladies et de saleté, jeunes filles voilées et tant d’autres citoyens redondants … Quelle crédibilité, quelle légitimité peut-on concéder à des élections qui donnent le même poids à une voix intelligente, comme celle Fouad Laroui, qu’à des vulgaires vendeurs de cigarettes au détail ? Une fan de Twilight, jupe courte et décolleté (un mariage de goût douteux que tout homme raisonnable ne manquera pas de pardonner en ces temps graves d’islamisme faussement modéré), c’est-à-dire, une femme moderne, n’est-elle pas plus mieux placée pour décider de l’avenir du pays qu’une honnête femme au foyer, cachant son inconscience derrière un foulard islamique ?

Ainsi, quand l’éditorialiste epsilon se réjouit de la victoire des islamistes, y voyant d’abord l’échec de Fouad Ali El Himma et de la longue tradition du parlementarisme de l’administration, Tahar Ben Jelloun, lui, va au fond des choses pour y déceler les raisons d’un raz-de-marée pileux qui ne va pas tarder à emporter dans ses sillages les fondements d’une démocratie vieille de 50 ans en empêchant nos femmes de porter des strings. Exit les explications vulgaires par leur trivialité, selon lesquelles cette victoire est le résultat d’un travail politique et social qui a débuté aux années quatre-vingt. Qu’importe le désespoir de l’élite francophone elle-même qui en a plus que marre de la corruption, du clientélisme et des privilèges économiques et politiques de quelques chanceux. C’est d’ailleurs tout le contraire, car les islamistes marocains risquent de bloquer l’évolution de ce pays où le fléau de la corruption, où la précarité et les inégalités sont de plus en plus intolérables nous dit-il.

Le succès du PJD, et Monsieur Ben Jelloun a eu l’extrême bonté de nous le faire savoir est insidieux, fourbe et donc antidémocratique : il ne tient qu’à la conjugaison illégitime des techniques de communication modernes avec le politique et le religieux. D’ailleurs l’existence d’un compte twitter du PJD confirme les propos du poète : plus d’un million de marocains ont été comme ensorcelés, faibles d’esprits qu’ils sont, par les tweets d’un militant islamiste honteusement caché derrière son écran. Quelles méthodes de voyous ! Quels truands politiques !

Or le Maroc a toujours été laïque, nous apprend Maître Ben Jelloun, et jamais politique ne s’est permise de fricoter bassement avec la religion comme le prouvent par exemple l’article 222 du code pénal marocain, ou l’article 19 de l’ancienne constitution. Jamais, ô jamais, Hassan II ne s’est permis un acte politique en vertu de son statut de Commandant des Croyants , et jamais prêche du vendredi ne fut consacré à l’appel au vote positif lors d’un référendum.

Nous savons d’ailleurs tous que ce mariage contre-nature, politico-religieux, a été inventé par Abdillah Benkirane alors qu’il entamait une génuflexion ratée pendant la prière de midi. Et Tahar Ben Jelloun, toute honte ingurgitée, s’autorise à réécrire une Histoire têtue qui a eu l’outrecuidance de ne pas adhérer à sa percutante analyse. Il en va ainsi de tous les grands intellectuels de ce monde : ils commencent par émettre une idée ou un jugement, puis, forts de leur notoriété et de leur crédibilité parmi le lectorat de Marc Levy, ils obligent les éléments objectifs à s’altérer pour correspondre à leur pensée.

Mais maintenant que Tahar Ben Jelloun a bien expliqué le triomphe des barbus en quelques phrases, tant les mots de l’écrivain sont remplis de sens et enduits de raison huileuse, les lecteurs du Monde vont maintenant connaitre les dangers encourus par tous les modernistes de ce pays. Cela commence par un prêche moralisant dont la religion islamiste détient le monopole contrairement à l’Eglise catholique par exemple. Soudain, au détour d’une prière, alors que les citoyens ont été drogués par tant de morale, fusent les fatwas liberticides et les appels aux jihad. Avez-vous maintenant la chair de poule ? Non ? Eh bien, relisez, bande de cons.

Mais tout cela, chers concitoyens, n’est finalement que le résultat logique de la politique d’arabisation, à qui on a attribué tous les maux, hormis le plus dangereux : l’islamisation latente de la société. D’ailleurs, l’arabe n’est-il point intrinsèquement islamiste ? La langue de Sayed Qotb ne porte-elle pas en ses entrailles le fondement même de la régression ? Tout le monde sait parfaitement que Nietzche n’est pas enseigné en philo au Maroc, et que d’ailleurs Nietzche n’a jamais été traduit en arabe.

Il y a encore tant à dire sur l’analyse lucide, structurée et véridique de notre héros national. Et même si Tahar Ben Jelloun a eu la brillante idée de la rédiger dans un style collégien pour qu’il puisse être compris des plus jeunes, elle n’en reste pas moins inaccessible à la plupart des esprits sclérosés par le martelage du discours religieux du PJD. J’entends même certains inconscients dire que le roi n’a cédé de son pouvoir que les miettes, et que l’action des islamistes sera toujours conditionnée par l’aval du monarque. M. Ben Jelloun dédaigne répondre à cela, car il ne voudrait pas leur infliger le châtiment du ridicule.

Je ne puis conclure sans attirer l’attention du lecteur sur le courage de TBJ, un homme de principes et un militant de la plume au visage dur. Brave homme avant d’être un esthète du verbe, il ne peut s’empêcher de souligner les dérives antidémocratiques du makhzen lorsque celles-ci existent, c’est-à-dire jamais.


Filed under: Plubôpaysdumonde

06 décembre 2011 à 08:56:00 Blog : C.J.D.M.